Enfantillages du 26/09/2018

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programme de la journée

Marie DESPLECHIN et Claude PONTI sont les invités d’Enfantillages cette semaine pour parler d’Enfances.

Bienvenue dans Enfantillages, le rendez-vous des enfants qui aiment lire et des grands qui ont su garder leur âme d’enfant.

A Enfantillages, nous avons un désir : faire partager ce que l’illustre passeur de littérature Valery Larbaud nommait « ce vice impuni la lecture ».

Enfances de Marie Desplechin et Claude Ponti, Ecole des loisirs. Dès 11 ans.
« Où est l’enfance est l’âge d’or » écrivait Novalis. Mais qu’est-ce que l’enfance ?
Marie Desplechin et Claude Ponti, deux noms incontournables de la littérature jeunesse, se sont unis pour sonder ce mystère et créer Enfances.
Au pluriel, contrairement à Enfance de Nathalie Sarraute, qui, devenue écrivaine, dialoguait avec celle qu’elle fut ses onze premières années.
Enfances de Desplechin et Ponti, c’est un très bel album. Il ont extrait de 62 débuts de vie la quintessence de l’enfance, sa puissance et sa grâce.
A quatre mains, l’une de sa plume, l’autre de ses pinceaux, du dalaï-lama à Louis XIV, en passant par Piaf, Alan Turing et d’illustres inconnus, ils ont ciselé 62 portraits autour de ces moments-clés où l’on était petit et tout a basculé.

« Ma vie n’est pas très longue. expliquait Pome, la jeune héroïne du roman éponyme de Marie Desplechin. Elle se compose surtout d’enfance. Mais je suis la preuve qu’une vie courte et enfantine peut être pleine d’événements importants .
[ … ] Personne ne pourrait nous empêcher de grandir et de changer le monde. Pour nous, l’avenir ne faisait que commencer ».

Nous avons eu la chance de pouvoir lire en avant-première le tout dernier opus de Claude Ponti : à réserver sans attendre chez votre libraire préféré !
Le Fleuve de Claude Ponti, Ecole des loisirs. Dès 3 ans (à paraître en novembre).


Dédicacé « à Adèle », la fille et muse de Claude Ponti qui fit de son père un auteur, ce bel album format à l’italienne se déploie dans un paysage aussi beau et serein que celui de la baie d’Along, celui des rives du fleuve l’Ongoh. Là, cohabitent en paix deux tribus dans des villages de maisons flottantes, les Oolong, maîtres en « cueillaison des plantes nourrissantes » et fin cuisiniers et les Dong-Ding, sortes d’herboristes docteurs ès « plantoisoins » tels les
« revigores » et les « chtendormes ». Après une vie « belle et bien remplie », les grand-mères peuvent choisir de revivre dans le corps d’un garçon et les grands-pères dans celui d’une fille sans que personne ne trouve à redire à cette métempsychose genrée. Tout irait pour le mieux dans ce conte philosophique aux accents voltairiens mâtinés de dinguerie pure certifiée Ponti, sans le « monstrifique Kapadnon ».


Quelle merveilleuse et généreuse idée que Mes activités super rigolmarrantes de Claude Ponti (Ecole des loisirs. Dès 3 ans ) ! C’est comme de passer un après-midi à chahuter avec lui et ses « vrais poussins de livres » dans l’atelier du facétieux et inventif dessinateur. La fantaisie de Claude Ponti est évidemment no limit ! Tout le monde « se rigolmarre ». C’est absolument défoulatoire.


Blaise et le château d’Anne Hiversère de Claude Ponti, Ecole des loisirs. Dès 3 ans (réédition).
« Longtemps je me suis couché de bonheur, avec mes livres et ma lampe de poche ». Après ce clin d’oeil très proustien, Claude Ponti nous offre un album hommage à tous ceux qui ont nourri ses rêves et les nôtres. D’Uderzo à Mary Shelley, de Jacques Tati à Robert Crumb, de Betty Boop à Yoda, en passant par Charles Perrault et Super Mario, « ça risque d’être très long longtemps » de tous les citer et repérer dans la spectaculaire double page du dixième jour, à 1 h 25 mn 67 s, qui est absolument éblouissante et « irrésistibilicieusement » émouvante et virtuose. Un morceau de bravoure érudit et pop !


La Course en livre de Claude Ponti, collection « Lutin Poche », Ecole des loisirs. Dès 3 ans.
« ‘’Impossible d’être prisonnier d’un livre, on sort quand on veut.’’ C’est Blaise le poussin masqué qui le dit, donc c’est vrai ». Et une porte sur la tranche du livre lui ménage cette option. Vertigineux d’invention et de liberté, cet album est le film d’une vie où l’on mange, on dort, on fait tout en courant, un marathon avec des arrêts ππ, des loopings et des demi-tours. A la fois mini Ouvroir de littérature potentielle à lui tout seul et work in progress, l’ouvrage déborde d’inventions et d’auto-ironie sur le livre en train de se faire, n’hésitant pas à jouer avec la tautologie : « Tout ce qui n’est pas dans le livre n’est pas dans le livre ». On sort de la Course en livre repus et ravis, on sourit, on a comme des envies de « sautillonner » et de
« s’éclapatouiller ».


Une vague d’amour dans un lac d’amitié de Marie Desplechin, collection « Neuf Poche », Ecole des loisirs. Dès 8 ans.
Suzanne est la toute dernière des nombreuses petites héroïnes de Marie Desplechin. A onze ans, elle ignore la « peur du collège, peur du lycée, peur du bac, peur des études et peur du chômage » de ses parents comme les tocades futiles de la fille la plus populaire, « Nathalie Pinson et ses airs de princesse propriétaire ». En compagnie de Tim, son très lovely répétiteur d’anglais, elle se pose les vraies questions.« Nos vies, découvrent ces deux amoureux de Kipling, recèlent une part de romantisme qui est juste ce qu’il nous faut, quelquefois un peu plus ».


Ça va faire des histoires de Marie Desplechin, illustré par Glen Chapron, collection
« Mouche », Ecole des loisirs. Dès 6 ans.

Comme Sophie, l’héroïne de la comtesse de Ségur dont elle dévore les Malheurs, Fanta collectionne les bêtises. « Quelquefois, confie la fillette, j’aimerais entrer dans le livre pour pouvoir lui parler et devenir son amie ». Elle, son truc, c’est plutôt d’inventer des craques comme de dire à la voisine qu’elle est une enfant des rues forcée à voler. Le temps d’un séjour chez Sylvie sa marraine, elle va apprendre à lire et à ne plus (trop) mentir.


La Rue de l’Ours de Marie Desplechin et Serge Bloch, éditions de l’Iconoclaste. Dès 10 ans.
Marie Desplechin prête sa plume agile et empathique à son complice Serge Bloch pour raconter avec lui le Colmar de l’enfance du dessinateur, dont l’épicentre était le 7, rue de l’Ours, et sa boucherie casher Alex Bloch. L’ouvrage est à la fois pudique, émouvant et chaleureux, à l’image de ses créateurs. Les enfants curieux comme les grands peuvent lire avec un grand bonheur cette peinture intime d’« un monde qui avait survécu à des siècles de tracasseries et de bûchers, qui s’est discrètement évanoui, et qui n’existe plus ».

Profitons de leur réédition en poche cette année pour (re)découvrir de fameux livres de Marie Desplechin.

Séraphine de Marie Desplechin, collection « Neuf Poche », Ecole des loisirs. Dès 9 ans.
« Quand je suis née, j’étais presque morte ». Orpheline dans le Montmartre de 1885, Séraphine mène dès 13 ans la vie de labeur d’une couturière puis d’une petite bonne. Mais elle a de l’énergie à revendre : « J’ai beau avoir des parents morts, je me sens très vivante ». Avec l’aide de sainte Rita, la patronne des causes désespérée, parions que ce petit bout de femme se forgera un destin, qu’elle devienne fille comme sa tante Lolotte qui pose nue pour les peintres ou institutrice comme Louise l’héroïne anarchiste de la Commune. Marie Desplechin rend hommage aux femmes du peuple et à leurs combats : « C’est trop bête de voir sa paie coupée en deux parce qu’on porte la jupe ».


Pome de Marie Desplechin, illustré par Magali Le Huche, collection « Neuf Poche », Ecole des loisirs. Dès 8 ans.
Pome ne peut pas être une petite fille comme les autres puisque chez elle, on est sorcière de mère en fille. Ça tombe bien, Verte aussi. A l’ombre de la géniale Anastabotte, les deux vont tisser une super amitié, bousculant au passage pas mal de règles, comme « cette très ancienne frontière qui sépare les hommes des femmes, et les filles des garçons ». Ce roman choral, raconté successivement par plusieurs personnages, offre une merveilleuse leçon de vie : « C’est grave si tu crois que c’est grave. Mais si tu ne le crois pas, ce n’est pas grave du tout, je t’assure ».


Mauve de Marie Desplechin, illustré par Magali Le Huche, collection « Neuf Poche », Ecole des loisirs. Dès 8 ans.
On retrouve Verte et Pome, les héroïnes des deux romans éponymes, en prise avec les forces du Mal, dépêchées par les Ténèbres sous les traits trompeurs d’une jolie « poupée au casque blond » qui cache une harceleuse de collège particulièrement vicieuse, et de son père qui a
« trop de dents, trop de cheveux : la signature de l’escroc », et va monter le quartier entier et les services sociaux contre nos sympathiques sorcières et leurs mères. Aidées par une galerie de personnages secondaires qui prennent chacun la parole au fil des chapitres, Verte et Pomme se battent avec courage dans un roman aux notes plus sombres – parfois glaçantes – qu’à l’accoutumée.

Mon Livre préféré


Rémi nous parle de ce qu’il a lu et aimé. Aujourd’hui, c’est le Journal de Gurty de Bertrand Santini, dont les différents tomes, Vacances en Provence, Marrons à gogo, Printemps de chien et Parée pour l’hiver sont publiés aux éditions Sarbacane, dans la collection « Pépix ».

Le Micro en balade

Pour le reportage de la semaine, Enfantillages est allé promener son micro du côté du très cossu 7e arrondissement de Paris, au pied de la tour Eiffel. A la rencontre d’une vénérable institution bientôt centenaire, la bibliothèque américaine de Paris. Née des dons faits aux soldats de la Première Guerre mondiale, l’American Library in Paris est le plus important fond d’ouvrages anglophones du continent européen. La section Jeunesse est particulièrement active. Au programme : écriture et prise de parole en public pour les ados, lecture, chant et bricolage pour les plus petits, sur abonnement ou à la séance. Alexandra , Emmet, Jane et Kate sont en place, pieds nus sur les énormes peluches d’ours et de dragons, pour goûter la joie de lire dans la langue de Shakespeare. Celeste Rhoads, la responsable du département, agite son tambourin. C’est parti pour la spéciale « reptiles » de l’American Library,
dans le Micro en balade.

American Library in Paris
Children and Teens Department
10 rue du général Camou
75007 Paris
www.americanlibraryinparis.org

Tout nouveau tout beau

Les plus grands sont en classe. Voici de quoi étancher la soif de livres des tout-petits, dès la naissance.


Le Petit Eléphant rose d’Isabelle Gil, collection « Loulou et Compagnie », Ecole des loisirs. Dès la naissance.
La palme du plus kawaï, « mignon », comme on dit au Japon, revient au Petit Eléphant rose d’Isabelle Gil. De la pure poésie y jaillit du réel. Bébé éléphant et Madame mère sont tricotés en laine rose. C’est dire s’ils sont loin d’être réalistes ! Mais ils sont photographiés au milieu d’objets quotidiens, des bananes, de l’herbe, du coton, autant de tremplins pour l’imagination de l’enfant (éléphant) ! Lion, gorille, oiseau, il est qui il veut.


Toujours à L’Ecole des Loisirs, Sèche tes larmes, Petit Lapin ! de Jörg Mülhe (traduit de l’allemand par Svea Winkler-Irigoin, collection « Pastel». Dès la naissance) est une initiation à la compassion. Petit Lapin a mal. Pansement, mouchoir, comptine, le jeune lecteur accomplit les gestes et prononce les paroles qui font du bien. Ça marche ! Et l’enfant est aux anges !


En chemin d’Hector Dexet (éditions Amaterra. Dès la naissance) est un livre-surprise qui se déplie à chaque page. Couleurs acidulées, jolies rencontres, suivons le papillon. « Le chemin de ma maison est le plus beau de tous ».


Espiègle petit album que ce J’ai perdu ma langue de Michaël Escoffier (illustré par Sébastien Mourrain, éditions Seuil Jeunesse. Dès la naissance) ! « ‘’- Une langue, à quoi ça ressemble ? ‘’ m’a demandé la fleur »¸ ? Réponse dans un festival ludique de jeux de mots et de formes.


Si petit, Si gourmand et Si curieux de Florian Pigé, collection « Albums Junior », éditions HongFei. Dès 18 mois.
« Tu es si petit et pourtant tu vas si loin ». « Tu as les yeux plus gros que le ventre ». « Tu veux toujours aller voir ce qui se passe plus loin ». Une girafe rouge, un cacatoès bleu, une tortue jaune, trois héros pour un triptyque qui explorent le monde à la façon d’un petit d’homme. Encre et tampon, simples et épurés, animent ces albums qui interpellent astucieusement l’enfant en s’adressant à lui à la deuxième personne du singulier.


Même dessinateur mais changement de style, tout aussi expressif , avec Monsieur Fée illustré donc par Florian Pigé, avec un texte de Morgane de Cadier, collection « Calembredaines », éditions Balivernes. Dès 3 ans.
Monsieur Fée a bien du chagrin. Il se trouve si nul comparé aux autres fées de la forêt, toutes si douées, qu’il n’a d’autre choix que de partir. Et s’il découvrait sa voie là-bas, dans la ville grise et morose où « les gens ont l’air si tristes » ? Réenchanter le quotidien, c’est un don !


Bébé est bien caché d’Atinuke , illustré par Angela Brooksbank (traduit de l’anglais par Illona Meyer), éditions des Eléphants. Dès 2 ans.
A vélo, l’enfant apporte le panier de bananes à Baba à l’autre bout de la piste cabossée bordée de baobabs . Mais pourquoi est-ce si lourd ? Y aurait-il un rapport avec un certain B… comme bébé ?


Splash ! Au début, il y avait trois couleurs d’Aree Chung (traduit de l’anglais – Etats-Unis, éditions Gründ. Dès la naissance) est une explosion de couleurs primaires. Comme un hommage et une relecture des iconiques Petit-Bleu et Petit-Jaune de Leo Lionni, qui auraient croisé le chemin des tapageuses et belliqueuses Rouges. C’est la guerre ! L’amour sauvera-t-il l’harmonie dans la cité bigarrée ?

Pour les plus grands, dès 3 ans, l’amitié, qui accompagne les grandes découvertes, est à l’honneur.


La Nuit de Berk de Julien Béziat (collection « Pastel », Ecole des loisirs) raconte « un truc terrible » : Berk le canard a été oublié dans la boîte à doudous ! Heureusement, il a un compagnon d’infortune dans cette traversée éprouvante de la nuit à l’école, Croc, le « croco-sac-à-dos ». Sprouitch ! C’était quoi, ce truc mou ?


Bob et Marley – La Nuit de Marais-Dedieu (Seuil Jeunesse) affrontent eux aussi la terrifiante Nuit ! « Peur que le soleil ne se lève pas demain. Peur qu’il fasse nuit à jamais » ! A l’universelle et intemporelle angoisse, Marais-Dedieu répond par une pirouette irrésistible.


Dans Presto et Mollo explorent la grotte Ronzz de Takabatake Nao (traduit du japonais par Anaïs Koechlin, éditions Philippe Picquier), le chien et son ami le singe jouent à se faire peur. Sous la couette, « on dirait qu’on est dans une grotte, tu ne trouves pas » ? Presto est plus intrépide, Mollo traîne des pieds. Rythmé par des onomatopées de mangas, pour transcrire l’imaginaire sonore des deux explorateurs, l’album avance jusqu’au bout de la nuit. « Hors de question d’abandonner » !


Le Loup, le canard et la souris de Mac Bennet et Jon Klassen (traduit de l’anglais – Etats-Unis, collection « Pastel », Ecole des loisirs) se confronte à un autre grand topos de la littérature enfantine, le Loup ! « Un petit matin, une souris croisa un loup. Le loup la dévora vite fait ». OK, fin de l’histoire ? Mais non ! Une voix (de canard ) surgit des entrailles: « J’ai peut-être été avalé, mais je n’ai aucune intention d’être mangé ». Et que le chasseur passe son chemin. Les deux amis se débrouillent très bien tout seul. C’est plein de fantaisie, on adore !


Refermons cette sélection dédiée à l’amitié avec Les Trois Pommes de Maria Keil (traduit du portugais par Mylène Contival, éditions Chandeigne). « J’aime bien avoir beaucoup d’amis », dit l’enfant. Mais à plus de deux, tout se complique ! Les pommes rouges, démesurées comme des ballons de plage, seront-elles le meilleur sésame ? Dans une grande économie de traits et de mots, sans appuyer le propos, on réfléchit sur la naissance du lien à autrui.


Saluons enfin sans attendre l’ovni de Julien Baer : Le Livre du livre du livre illustré par Simon Bailly, éditions Hélium.
En vacances, Thomas s’ennuie. Il part explorer les environs et tombe sur un livre qui raconte l’histoire de Thomas, qui est en vacances, s’ennuie et tombe sur un livre qui raconte l’histoire de Thomas, en vacances… Bref, vous avez compris ! Ce livre aux images comme saupoudrées d’un sable mélancolique est un envoûtant objet littéraire, au sens propre comme au figuré. L’enfant a bien trois livres enchâssés en main mais en plus, il plonge en douceur dans les vertiges divins de la mise en abyme.

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Florence Dutheil