Instants d’histoire du 20/02/2021

Les deux testaments de Louis XVI

18 juin 1791 :   La foule bloque le carrosse royal et empêche Louis XVI de rejoindre Saint-Cloud pour y passer la semaine sainte et pour y recevoir la communion auprès d’un prêtre non assermenté. La garde nationale se joint aux manifestants. Le Roi rejoint son palais à pied. Il vient de décider de fuir Paris et de rejoindre le marquis de Bouillé dans la forteresse de Montmédy en Lorraine, pour y retrouver des troupes dévouées à sa cause. Il regrette toujours d’avoir signé sous la force et à contre cœur un an plus tôt  la loi sur la constitution civile du clergé qui a transformé les prêtres paroissiaux en fonctionnaires publics ecclésiastiques. 20 juin 1791 :   Louis XVI  ne veut pas quitter le palais des Tuileries   sans expliquer aux Français les raisons de son départ.  Il a mis près de cinq mois pour élaborer un testament politique de seize pages , une « déclaration royale destinée à tous les français, à sa sortie de Paris ». Il y a travaillé seul et n’y a associé son frère qu’à partir du 18 juin. Il le signe le 20 juin au matin quelques heures avant son départ. Il demande à son intendant de déposer le document après sa fuite sur le bureau du Président de l’Assemblée Nationale qui n’est autre qu’Alexandre de Beauharnais, premier mari de Joséphine, future impératrice des Français. Dans son texte, Louis XVI critique les excès de la décentralisation et la suppression de son droit de grâce.  Il se montre conciliant mais critique l’anarchie et le despotisme des Clubs ainsi que les travers liberticides d’une révolution qui évoluera vers l’intolérance et la terreur alors qu’elle se voulait inspirée par les lumières.   Pour lui, la monarchie constitutionnelle née de la Révolution ne peut être que gouvernée par un monarque puissant. Ses états d’âme sont éloquents : « Désiriez-vous voir votre Roi comblé d’outrages et privé de sa liberté pendant qu’il ne s’occupait que d’établir la vôtre ? », ou encore « Que reste-t-il au Roi autre chose que le vain simulacre de la royauté ». La suite est connue : le 21 juin,  à Varennes le destin met fin à la fuite de la famille Royale. 18 mois plus tard, le 25 décembre 1792,  Louis XVI rédige un testament beaucoup plus personnel et beaucoup plus traditionnel, la déclaration d’un condamné à mort tournée vers sa foi en Dieu et vers le devenir de ceux qui lui sont chers. Il ne lui reste plus que 27 jours à vivre. Le manuscrit de son premier testament de 1791 va compter parmi les pièces à charge retenues contre lui lors de son procès en 1792 puis va disparaître du territoire et de la circulation pendant plus de deux siècles avant d’être réimporté en France en 2009. La conclusion de cette véritable lettre ouverte aux Français laisse songeur : « Quel plaisir votre Roi n’aura-t-il pas de se revoir au milieu de vous lorsqu’une Constitution qu’il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l’état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu’enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables. »

Jean-Pierre Guéno

programme de la journée