La Valeur de l’Homme du 06/03/2021

programme de la journée

Le cinéma de David Cronenberg

Emmanuel Taïeb reçoit le théoricien du cinéma Fabien Demangeot, auteur La transgression selon David Cronenberg (Playlist, 2021).

Le nom de David Cronenberg évoque immédiatement des images dérangeantes d’organes et de mutations physiques. C’est lié à la persistance rétinienne des corps transformés de La Mouche, de Vidéodrome et d’Existenz. Sur cette thématique du somatique vient s’enrouler aussi une exploration de l’inconscient d’hommes traumatisés. Mais c’est bien la puissance de l’organique qui a durablement marqué ses spectateurs.
La force de Cronenberg est d’avoir réussi à imposer dans le cinéma mainstream des thèmes et une imagerie qui relevaient jusque-là de l’underground : la maladie et la dégénérescence, les excrétions du corps et sa métamorphose définitive, les sexualités déviantes, ou encore la prolifération de la chair et à l’inverse sa virtualisation. Le cinéaste canadien joue sur le pouvoir de l’inquiétante étrangeté, qu’il filme sans avoir l’air d’y toucher. Comme si sa mise en scène très maitrisée venait en contrepoint du débordement organique et des fantasmes les plus inavouables.
Car ce qui intéresse fondamentalement Cronenberg est de rendre l’anormal normal, et de rendre désirable le pathologique. C’est là qu’il est transgressif. Car il entend essentiellement filmer avec compréhension les désirs les plus étranges, et faire voler en éclats les carcans de la société hétéronormée. Chez Cronenberg, l’écart à la norme n’est pas un écart à la morale, et tout ce qui touche le fonctionnement corporel devrait être acceptable. Alors, Cronenberg est-il le cinéaste de la libération du corps et de l’esprit ?

67e numéro de La Valeur de l’Homme