Le souffle du Diable et le soupir de Dieu du 16/10/2021

Le lien du doute. Le doute, le doute, parfois Est plus solide que la foi, Et si le doute avait raison ? Telles sont les paroles incandescentes de Claude Lemesle écrites pour Serge Reggiani et mises en musique par Alain Goraguer en 1989 dans la chanson Maximilien qui raconte l’exécution de Robespierre sous le soleil levant, le 28 juillet 1794, lorsque « l’enfant vertueux d’Arras » monte vers l’échafaud en doutant de ses doutes, de son culte pour « l’Etre suprême » et de son rejet de la religion, « les mains non jointes sous les liens ». La chanson chantée par Reggiani rime avec celle d’Alain Souchon intitulée « Et si en plus y’a personne » lorsqu’il s’interroge : « Et si le ciel était vide ». Tous ceux qui parmi nous sont impliqués dans une foi, dans une religion, dans une obédience incarnent une espérance parfois minée par le doute. C’est ce doute qui nous unit en nous déstabilisant. C’est ce doute qui renforce la profondeur de nos croyances. C’est ce doute qui nous fait grandir et progresser, rejeter les dogmes et nous empêcher de pratiquer nos religions en « pilotage automatique ». Trop parmi nous ne doutent de rien.  Le doute pourtant choisit ses heures. Il nous assaille souvent dans la pâleur de l’aube ou à la tombée de la nuit, dans ces périodes transitoires où les apparences se confondent, où tout paraît plus flou. Alors la distinction entre le bien et le mal se fait plus floue. Les questions existentielles plus mordantes. Nous sommes un peu écartelés à l’image du Christ sur sa croix. Et nous doutons comme lui lorsqu’il se demande si son père ne l’a pas abandonné. Sur le Mont des oliviers, avant de souffrir sa passion, le Christ éprouve l’angoisse et l’effroi au point de demander à Dieu de ne pas mourir. Le doute nous réincarne. Il nous dévirtualise. Il nous humanise. André Gide nous rappelle que l’appétit de savoir naît du Doute. Il est l’antidote de l’obscurantisme et de la barbarie. A ce titre, les religions devraient toutes intégrer le doute, comme un remède à leurs guerres, à leurs intolérances, à leur sectarisme et à leurs radicalisations. Et jusqu’à la laïcité elle-même. D’une certaine façon, le doute est un formidable sanctuaire. Il sait mélanger à merveille l’inquiétude et la sérénité. Nous faire passer de l’une à l’autre. Il nous décentre. Il nous enseigne en fait le souci de l’autre. Il est le prélude de l’empathie. La pandémie récente et non encore arrivée à son terme nous a enseigné une formule de convivialité qui a remplacé provisoirement les adieux, les poignées de mains et autres embrassades et qui ne fait sourire que les âmes de corne : « Prenez-soin de vous ». C’est une autre façon de dire aux autres que nous les aimons et que nous sommes riches de la certitude de les savoir vivants et bien au monde. En nous unissant avec eux, le doute qui semble nous isoler relâche en fait un peu les liens si blessants de nos solitudes.

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