Le souffle du Diable et le soupir de Dieu du 27/02/2021

programme de la journée

Ce souffle qui devrait nous rassembler.

Bien avant de s’être attaqué à nos poumons et à notre système respiratoire, le coronavirus, l’oursin vorace, pour reprendre son anagramme,  s’était attaqué à notre capacité de souffle. Il avait sévi auprès de ceux qui devraient avoir la vocation du souffle. Je ne parle pas ici des sportifs de compétition mais des leaders, qu’ils soient civils, militaires, spirituels ou politiques, de ceux qui nous aident à respirer, à nous projeter au quotidien, de ceux qui nourrissent nos rêves, nos désirs d’un monde meilleur, toujours plus libre et toujours plus fraternel. Marek Halter publiera en mars 2021 « Un monde sans prophètes ». Le prophète, étymologiquement, c’est l’homme qui crie, le lanceur d’alertes, et qui assène leurs vérités aux peuples comme à leurs monarques. Le cri procède du souffle, comme le chant, comme le rire, comme le soupir, comme les sanglots. Si nous ne voulons pas mourir essoufflés, nous devons retrouver le souffle, celui de crier, celui de chanter, celui de rire, celui de pleurer et de soupirer. Le souffles de la résistance et de l’indignation. Le souffle de l’action. Trop souvent certains mauvais princes de l’histoire ont incarné le souffle du diable, le souffle de la haine, le souffle du désespoir et de l’exclusion. D’autres plus rares ont su nous insuffler l’espoir et l’esprit d’humanité. Il est deux chants qui ont toujours su combiner l’art du souffle et celui du soupir. Le chant de nos mères et celui de la prière. Il ne faudrait jamais déboulonner les statues que nous avons érigées un jour à la gloire des grands souffleurs de haine. Nous risquerions de faire oublier leurs victimes, et ceux qui leur ont résisté. Si trop de célébrités du monde de la politique ou de celui des affaires manquent de souffle, c’est peut-être parce qu’elles manquent d’imagination, de véritable empathie pour les autres et d’un trop plein d’empathie pour elles-mêmes. Leurs oreillers cachent trop souvent un compteur de chiffre d’affaire ou de score électoral. Ils sont fascinés par les tableurs et par les chiffres qui nous divisent alors même qu’ils devraient l’être par les liens susceptibles de nous rassembler. Leurs parachutes dorés transforment leurs chutes en ascensions. Ils nous coupent le souffle. Il faut que tu respires, et ça c’est rien de le dire chantait Mickey 3D dans sa chanson « Respire ». Lorsqu’elle a rendu hommage à sa fille, morte de la mucoviscidose, France Gall a conclu par ces trois mots, les premiers auxquels elle avait repensé à l’annonce de son décès : « Et respire, maintenant ! ». La chanson « Résiste ! » de Michel Berger pourrait avoir une suite : le mot « respire » pourrait y succéder au mot « résiste ». Souvent le souffle naît de l’adversité. C’est peut-être en apprenant à leur résister que nous pourrions réinsuffler aux leaders de la Cité et à ceux de nos entreprises le souffle qui parfois leur manque. Si nous sommes nés du souffle de Dieu, ne mourons pas de celui du Diable. Et restons vigilants aux soupirs de ceux qui n’ont plus assez d’énergie pour crier.

Jean-Pierre Guéno