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Narendra Modi et l’Inde

04juin16h0016h15Narendra Modi et l’Inde16h00 - 16h15(GMT+02:00) AnimateurCastelnau ClaudineÉmissionActualité religieuse dans les médias

Résumé de l'émission

Narendra Modi et l’Inde

C’est le 4 juin que l’on saura si Narendra Modi, le premier ministre indien sortant, après dix ans de pouvoir, a vraiment réussi à gagner un troisième mandat à la tête de l’Inde en cas de victoire de son parti le Bharatiya Janata Party (Parti du Peuple indien, BJP) à ces élections législatives. Il avait annoncé son objectif ambitieux : obtenir plus de 400 sièges pour avoir la majorité des 2/3 requise afin de pouvoir modifier la Constitution indienne, en lançant le plus grand exercice démocratique au monde, faire voter 969 millions d’électeurs, soit quelque 10 % de la population mondiale, entre le 19 avril et le 1er juin. En jeu, l’élection de 543 députés à la chambre basse du Parlement d’où émergera le nom du prochain premier ministre.

Et Narendra Modi et son parti espèrent bien que ce sera son nom ! Même au prix de multiples manœuvres pour affaiblir ses adversaires et distiller le soupçon comme l’arrestations de deux leaders de l’opposition dont le chef du gouvernement de Delhi, sous l’accusation d’affaires de corruption probablement imaginaires alors que lui-même est pris dans un scandale bien réel de financement de partis politiques et autres abus de pouvoir d’un régime de plus en plus autoritaire.

A cette inquiétude concernant l’autoritarisme et les abus de pouvoir du régime Modi, il faut ajouter la très grande inquiétude des minorités religieuses – musulmans, chrétiens, sikhs, qui sont les premières victimes de la stratégie d’hindouisation du pays menée depuis dix ans par Narendra Modi et son parti le BJP et fort appréciée des nationalistes hindous.

 

Ainsi l’érection du temple d’Ayodhya dédié au très populaire dieu hindou Rama, avatar du dieu Vishnou et héros de l’épopée du Mahabharata et du Ramayana. On se souvient qu’à Ayodhya, en Utar Pradesh, au nord de l’Inde, un temple dédié au dieu Rama, qui selon la légende y serait né, a été construit à la place d’une mosquée datant du 16e, érigée par un empereur mongol et détruite en 1992 sous la pression de mouvements nationalistes et extrémistes hindous après de violents affrontements qui firent quelque 2000 morts, la plupart musulmans.

Un journaliste indien spécialiste du nationalisme hindou écrivait dans le quotidien The Hindu, au moment de la cérémonie présidée par Narenda Modi qui inaugurait le chantier du temple de Rama : « Le dieu Rama n’est plus un dieu, mais il est converti en symbole du nationalisme indien. Tous les Indiens qui appartiennent aux minorités religieuses ou qui sont opposés à cette vision n’auront plus voix au chapitre. »  Une militante indienne des droits de l’homme assurait : « Il existe une réelle menace de voir l’Inde passer d’une démocratie constitutionnelle à une théocratie hindoue. » Confirmé si l’on peut dire par cette déclaration de Modi à Bénarès la ville sainte hindoue où le candidat s’est dit convaincu d’être l’envoyé de Dieu : « Lorsque ma mère était en vie, je croyais que j’étais né biologiquement. Après son décès, en réfléchissant à toutes mes expériences, j’ai été convaincu que Dieu m’avait envoyé. Cette énergie ne pouvait pas provenir de mon corps biologique, mais elle m’a été accordée par Dieu. Je ne suis rien d’autre qu’un instrument. »

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Christian Jaffrelot, spécialiste de l’Inde, entre autres, remarque : « Depuis son arrivée au pouvoir, il y a dix ans, le premier ministre Narendra Modi opère une rupture avec le projet séculariste imaginé par les pères de la Constitution indienne de 1950. » Surtout, écrit l’envoyée du Monde en Inde https://www.lemonde.fr/international/article/2023/12/26/en-inde-l-impitoyable-chasse-aux-chretiens-par-les-extremistes-hindous_6207741_3210.html#:~:text=  « il [Modi] voudrait instaurer un État hindou mais aussi supprimer le principe d’égalité des citoyens, reléguer les minorités religieuses (notamment les musulmans et les chrétiens) au statut de citoyens sans droits. »

Des minorités religieuses qui sont aussi trop souvent victimes de la haine des nationalistes hindous. On se souvient avec effroi de l’assassinat dans un village de l’État d’Orissa, d’un missionnaire australien protestant et de ses deux fils de 7 et 9 ans, brûlés vifs dans leur voiture alors qu’ils y dormaient après une réunion de chrétiens. A l’origine de l’horreur, un militant hindou extrémiste et sa meute. C’était en 1999. Les responsables d’Églises en Inde et sur le plan international avaient condamné cet acte barbare qui survenu après une centaine d’agressions de fanatiques hindous contre des responsables chrétiens accusés de prosélytisme, entre autres dans les régions tribales et pauvres, largement abandonnées par l’État et les basses castes, au détriment de l’hindouisme, religion majoritaire en Inde.

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Et la situation ne semble pas meilleure pour les musulmans que pour les chrétiens. L’envoyée spéciale du Monde a publié le 27 décembre dernier un reportage titré : « En Inde, les chrétiens toujours plus persécutés ». En Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde, la journaliste avait rencontré un pasteur et sa famille chassés de leur village après que 150 militants nationalistes hindous du Vishwa Hindu Parishad (un parti extrémiste hindou) eurent manifesté au cri de « Gloire au dieu Rama » contre une réunion dans l’église du village où 70 paroissiens préparaient les célébrations de Pâques. Ces nationalistes prétendaient qu’une cérémonie de conversion au christianisme était en cours dans l’église, contrevenant à la loi anti conversion votée par l’Uttar Pradesh en 2021. Arrêtés, emprisonnés deux jours, les fidèles ont été d’abord relâchés puis la moitié d’entre eux emprisonnés à nouveau sous l’accusation de conversions de masse.

Le pasteur Vijay Masih, qui appartient à une très basse caste hindoue convertie au christianisme, a passé sept mois et demi dans une cellule insalubre avec des délinquants de droit commun et a dû payer l’équivalent de 8000 euros réunis par sa communauté et son Église. Depuis il a quitté ce village et il est journalier dans le bâtiment…

D’autres affaires contre des chrétiens et des musulmans ont été montées de toutes pièces par des militants hindous avec l’accusation récurrente de chercher à convertir les hindous et 11 des 28 États indiens ont désormais des lois anti conversion.

Le Monde rappelle qu’entre janvier et juillet 2023, 63 affaires de soi-disant « conversions forcées » ont été recensées contre des chrétiens et 35 pasteurs ont été emprisonnés.

Depuis l’arrivée au pouvoir en 2014, de Narendra Modi et son projet de faire de l’Inde un État purement hindou, en rupture avec l’Inde laïque voulue par les pères fondateurs, « la situation des 30 millions de chrétiens catholiques, protestants évangéliques, pentecôtistes- s’est constamment dégradée […] et les actes de violence, soit deux agressions par jour entre janvier et novembre 2023 contre les chrétiens, les églises, les religieuses, pasteurs et croyants, l’ostracisme social, les meurtres,  l’essentiel surtout en Uttar Pradesh », rapporte  Le Monde

Cet État est celui de Manipur, à la frontière de la Birmanie, qui vit un conflit interethnique et religieux entre hindous et chrétiens. Selon l’association évangélique Portes Ouvertes, l’Inde figurerait au 11e rang des pays les plus dangereux pour les chrétiens avec une véritable persécution encouragée et soutenu par l’État alors que les chrétiens ne représentent que 2 % de la population contre 79,8 % d’hindous.

Mais, rappelle Le Monde, « comme le pasteur Vijay Masih, de nombreux dalits (appelés autrefois intouchables) ont délaissé la religion hindoue pour rejoindre le christianisme, le bouddhisme, l’islam ou le sikkisme afin d’échapper à l’enfer des castes et retrouver de la dignité, l’hindouisme assignant, dès leur naissance, les dalits au statut d’impurs et les reléguant aux pires tâches. »

Pourtant, se convertir au christianisme est lourd de conséquences : le nouveau chrétien perd son droit à la discrimination positive, c’est-à-dire à l’accès à des emplois réservés dans l’éducation, l’administration… accessibles aux seuls dalits hindous, bouddhistes et sikhs, mais pas aux chrétiens. De plus la justice doit autoriser un dalit à changer de religion en Uttar Pradesh et le nom du demandeur est affiché publiquement avec ses coordonnées, une façon de le jeter en pâture aux nationalistes.

Dans le village du pasteur Masih, l’église a fermé définitivement et des prêches hindous sont diffusés en continu dans la rue qui menait à son église. « Le pasteur sait qu’il n’y retournera jamais », conclut le reportage du Monde.

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