Dans Les Impromptus de Fréquence Protestante, Raphaël Warnery et Richard Casazza François ont reçu Nicolas Le Roux, professeur d’histoire moderne à la Sorbonne et directeur du Centre Roland Mousnier. Spécialiste de la France des derniers Valois, il est l’auteur de 1559-1629, les guerres de religion (Gallimard, 2022).
Aux origines : la Réforme et l’imprimerie
Pour l’historien, l’Église romaine n’est pas en crise au début du XVIe siècle : les couvents sont pleins. Luther lui-même est un moine en quête de salut, que l’accumulation des bonnes œuvres angoisse plus qu’elle ne rassure. La foi seule, nourrie par la Bible, devient sa réponse. L’imprimerie joue un rôle décisif : les textes de Luther, écrits en allemand, se vendent à des dizaines de milliers d’exemplaires. En France, le calvinisme, formé à Genève, gagne vite les villes et les milieux lettrés. Vers 1560, on estime les protestants à environ 10 % de la population.
Une guerre civile, mais d’abord une guerre de religion
Nicolas Le Roux tient à l’expression « guerres de religion » : c’est bien un moment où l’on tue au nom de Dieu. Il reconnaît d’autres enjeux, comme les rois mineurs, la régence de Catherine de Médicis ou la rivalité des Guise et des Condé. Mais les grands seigneurs, catholiques comme protestants, s’engagent pour leur foi. Au XVIe siècle, le politique et le religieux sont indissociables.
Un paradoxe : la tolérance qui déclenche la guerre
En janvier 1562, le jeune Charles IX reconnaît pour la première fois la liberté de culte protestante. Cette « révolution mentale » est inacceptable pour beaucoup : un coup de force catholique, puis la prise d’armes de Condé, entraînent le royaume dans la guerre. Après l’échec du colloque de Poissy (1561), la monarchie comprend qu’elle ne peut trancher sur le plan théologique. Elle construit alors une sphère civile, fondée sur l’obéissance au roi et l’ordre public. Chaque guerre s’achève par un édit de pacification, ce qui explique le pluriel : huit guerres, huit édits.
Une affaire européenne
Ces guerres passionnent toute l’Europe. Le pape a un nonce à la cour, Philippe II d’Espagne intervient, et les soldats, l’argent et les idées circulent : il existe une « internationale catholique » comme une « internationale protestante ». À Rome, la Saint-Barthélemy est célébrée : Grégoire XIII fait frapper une médaille, et Vasari en peint la scène dans la Sala Regia. À l’époque de la Ligue, le duc de Savoie et le roi d’Espagne cherchent aussi à tirer profit de l’affaiblissement du royaume.
Un échange à retrouver en podcast sur les plateformes d’écoute de Fréquence Protestante.




