Dans « Les Impromptus » de Fréquence Protestante, Raphaël Warnery et Richard Casazza François reçoivent l’historien Pascal Ory, professeur émérite à Paris I Panthéon-Sorbonne et membre de l’Académie française, pour retracer l’histoire des expositions universelles, de Londres 1851 à Riyad demain.
Pascal Ory rappelle d’abord une filiation méconnue : l’exposition universelle n’est pas née à Londres, mais découle de l’exposition nationale française, inventée sous le Directoire, après la Révolution. Ce sont les Anglais qui, en 1851, franchissent le pas de l’international avec le Crystal Palace, contraignant la France, vexée, à organiser dès 1855 sa propre exposition, enrichie d’une spécificité durable : l’association des beaux-arts à l’industrie.
La tour Eiffel, une arche républicaine face à l’Arc de Triomphe
L’historien développe une analyse frappante : la tour Eiffel, construite pour l’exposition de 1889, répond directement à l’Arc de Triomphe napoléonien. Là où l’arche massive et opaque glorifiait les généraux, la tour ajourée, gravée des noms de savants et d’ingénieurs, célèbre une nouvelle religion, celle de la science et de l’électricité. Pascal Ory retrace aussi comment ces expositions ont façonné l’urbanisme parisien, du Champ-de-Mars au palais de Chaillot, tout en inventant au passage le tourniquet compteur de fréquentation, dès les années 1850, preuve que l’obsession du chiffre n’a rien de contemporain.
D’un phénomène de masse à un rendez-vous concurrencé
L’apogée du genre se situe à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, avant que l’Angleterre ne se retire du jeu dès les années 1960, jugeant l’exercice peu rentable, tandis que la France, puis des puissances émergentes comme le Japon, l’Espagne ou la Chine, y voient un outil d’affirmation diplomatique. Aujourd’hui, selon Pascal Ory, la fonction de diffusion de l’innovation a été absorbée par des salons permanents comme VivaTech, mais les expositions universelles survivent grâce à leur capacité unique de focalisation, dans un lieu et un temps donnés, un argument que la prochaine édition de Riyad entend porter à une échelle inédite.
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