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L'identité nationale italo-catholique en question

10juin13h0013h15L'identité nationale italo-catholique en question13h00 - 13h15 AnimateurCastelnau ClaudineÉmissionActualité religieuse dans les médias

Résumé de l'émission

L’hebdomadaire Riforma, organe d’information des Églises vaudoises, méthodistes et baptiste italiennes, a publié un article sur une école élémentaire de Secondigliano, une quartier populaire au nord de Naples. Maria Maffia, y commentait la photo d’une école délabrée, l’école de son enfance, qui devait être rasée pour faire place à un nouveau bâtiment scolaire. Mais ce n’était pas tant l’état catastrophique de ce bâtiment qui l’intéressait, bien qu’elle se désole de cette vétusté, comme trop d’écoles italiennes, que d’un détail qui a attiré son attention : l’école était totalement vide sauf deux crucifix restés cloués au mur.

Et une question : est-il possible qu’il y ait encore des crucifix dans les écoles publiques ? Et tant d’aveuglement dans une société multiculturelle, aux langues multiples et plus encore aux multiples religions.

« Est-ce qu’il y a encore vraiment encore une identité nationale italo-catholique qui pousse à afficher un crucifix, et même deux, dans une école, alors que l’École elle-même tombe en ruines ? » se demandait-elle.

Dans un second temps, Maria Maffia remarquait avec étonnement les deux crucifix qui étaient destinés à disparaître avec les murs lors de la démolition de l’école et à finir aux ordures. « Quand tout est destiné à la destruction, le crucifix n’a-t-il plus de valeur ni de raison d’être ? Cet objet symbolique [le crucifix], questionne Maria Maffia, n’a-t-il de valeur que lorsqu’il sert à connoter une institution publique, l’école à une idéologie qui nie la diversité ou la relègue aux sujets mineurs ? » Et nous nous souvenons de la bataille autour des crucifix dans les lieux publics, école, hôpitaux, banques, tribunaux, bureaux de vote et j’en oublie sûrement, qui était née de la demande d’une mère ressortissante italienne qui estimait que ses deux enfants de 11 et 13 ans étaient dans une école publique et que les  crucifix dans les classes  contrevenaient au principe de laïcité.

Elle perdit, devant la direction de l’école  soutenue par le ministère italien de l’Instruction publique, puis par la Cour constitutionnelle qui rappela que le crucifix était le symbole religieux de la seule Église nommée dans la constitution italienne, l’Église catholique, donc un symbole de l’État italien, tandis qu’un tribunal administratif rejetait lui aussi le recours de la mère  en déclarant que  le crucifix était « à la fois le symbole de l’histoire et de la culture italienne et par conséquent de l’identité italienne ».

Et en 2006, le Conseil d’État italien rejeta le pourvoi de la requérante au motif que « la croix était devenue une des valeurs laïques de la Constitution italienne et représentait les valeurs de la vie civile. »

Seuls les juges de la Cour des droits de l’homme de Strasbourg estimèrent que les élèves d’autres religions que catholique, ou les athées, pouvaient être perturbés par ce signe religieux qui  ne respectait pas la liberté de pensée, de conscience et de religion et ils ont alloué 5000 euros à la dame pour « dommage moral ». Mais en 2011, la Cour de Strasbourg revenait sur l’apaisement qui doit régner dans le domaine scolaire et reconnaissait que l’Italie n’imposait pas « un enseignement obligatoire du christianisme dans les écoles et que l’espace scolaire était ouvert à d’autres religions. »

Et sans religion ? En 2021 la Cour de cassation italienne a rejeté le recours d’un professeur athée, sanctionné pour avoir décroché systématiquement le crucifix de sa classe, lors de ses cours.

Et si j’en crois les amis protestants italiens, l’ouverture de l’espace scolaire est loin d’être la situation partout et ils sont fermement acquis au principe de laïcité, à l’école et ailleurs non sans mal…

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L’hebdomadaire protestant Réforme a publié le 5 juin dans la rubrique l’Œil de Réforme un coup de sang : « Trump, un Barbare pour contrer les Barbares » : Question : comment Donald Trump, aujourd’hui condamné au pénal, aussi emporté et menteur que vulgaire, peut-il susciter autant de soutien dans la puritaine Amérique ? Et en particulier chez les chrétiens ?
Selon l’essayiste américain Tim Alberta, un protestant pratiquant, fils d’un pasteur évangélique, la réponse serait à chercher dans l’appréhension de ces croyants qui observent avec crainte l’évolution d’un pays devenu moins blanc, moins religieux et plus tolérant envers des modes de vie que cette communauté juge déviants.

« Si vous considérez le fait que les guerres culturelles ont basculé si brutalement en leur défaveur et que le pays est en train de changer de manière si spectaculaire en si peu de temps, vous commencez à comprendre pourquoi il y a cette peur, cette anxiété », déclare-t-il Tim Alberta, dans une série d’entretiens autour de son livre The Kingdom, the Power, and the Glory  [non traduit] « Si vous croyez que les Barbares sont à nos portes, alors vous vous dites, ‘’Peut-être avons-nous besoin d’un Barbare pour nous protéger’’, poursuit-il. C’est en résumé la relation des chrétiens conservateurs avec l’ancien président. Donald Trump ne partage aucune des valeurs évangéliques, mais il est prêt à partir en guerre pour notre cause, comme aucun bon chrétien n’oserait jamais, estiment ces évangéliques. A se demander si ces questions culturelles ne seraient pas aussi à l’œuvre en Europe. La guerre culturelle n’est probablement pas étrangère aux progrès des forces populistes qui pourfendent les évolutions sociétales en cours. Une guerre qui oppose d’ailleurs en grande partie le “Sud global ” à l’Occident et à ses mœurs jugées dissolues. »

A ce texte, j’aimerais rajouter quelques détails : Les enquêtes nous disent que le fond électoral de Trump est composé en bonne partie d’évangéliques. Ce qui avait valu un éditorial au vitriol de Russel Moore, directeur du mensuel évangélique Christianity Today qui s’étonnait que ces évangéliques, dont nombre de pasteurs, si rigides en théorie sur les principes moraux, puissent voter pour Trump et son absence totale de morale. Mais les années passant ont été aussi la découverte, répétée, de scandales financiers ou sexuels dans ce monde évangélique américain.  « Et si pour des millions de chrétiens conservateurs, l’Amérique est leur royaume : une terre à part, une nation particulièrement bénie, un peuple en alliance particulière avec Dieu, cet amour de la patrie a cependant cédé la place à une ferveur nationaliste de droite, une idolâtrie du sang et de la terre qui banalise le royaume de Jésus-Christ », écrit Christianity Today en commentant  cette enquête de Tim Alberta qui passe au crible les décombres du mouvement évangélique – pasteurs brisés, congrégations ayant perdu tout espoir, croyants abandonnant leur religion à cause de scandales sexuels et de stratagèmes politiques.

Alors, il pose la question : « Si le mouvement évangélique américain a cessé de glorifier Dieu, quel est son but ? »

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Le 22 mai dernier, l’Espagne en compagnie de l’Irlande et de la Norvège déclarait reconnaître la solution à deux États. : l’État d’Israël et l’Etat de Palestine. Et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez expliquait ainsi sa décision par « une nécessité impérative si nous voulons tous parvenir à la paix. » Fureur du ministre israélien des Affaires étrangères, Israël Katz  qui annonçait avoir décidé de couper les relations entre le consulat d’Espagne à Jérusalem et les Palestiniens. Et, ajoutait-il, sa colère était aussi motivée par qu’il qualifiait « d’antisémite » d’une ministre espagnole. La ministre en question, Yolanda Diaz, est ministre du Travail et de l’Économie et elle avait ajouté :à la déclaration d’un État palestinien :  « La Palestine sera libre du fleuve [le Jourdain] à la mer. » En d’autres termes, Israël sera rayé de la carte…  Il était donc dans la logique des choses que monsieur Katz, ministre des Affaires étrangères, n’apprécie pas, pas plus que ce projet de deux États qui contrarie évidemment le probable projet d’annexer Gaza dans les temps à venir et de finir l’annexion de la Cisjordanie. Et il a répondu, perdant largement son sang-froid : « Si cette ignorante (la ministre espagnole)  remplie de haine veut vraiment comprendre ce que veut l’islam radical, elle devrait se renseigner sur les 700 ans de domination islamique en Al-Andalus, l’Espagne d’aujourd’hui. »

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Golias est une revue hebdomadaire catholique qui depuis sa création dans les années 80, porte un regard critique sur l’Église catholique et sur la société. Dans une interview accordée à un site suisse que Golias publie, le supérieur de l’abbaye bénédictine de la Dormition à Jérusalem, insiste sur la situation critique et ignorée des chrétiens en Cisjordanie occupée et à Jérusalem Est : « Ce sont les chrétiens les plus touchés, ce sont les plus vulnérables, car ils vivent essentiellement des activités liées aux pèlerinages et au tourisme […] Ils n’ont plus de revenus, c’est une véritable catastrophe qui les frappe. » Par ailleurs, le Dominicain constate que « la haine des non juifs augmente dangereusement ». Lui-même ayant été agressé plusieurs fois par des extrémistes juifs pour arborer une croix sur sa poitrine. Mais pour lui, pas question de tomber dans le piège de la haine ou d’une prétendue guerre de religions : « C’est un conflit entre ceux qui veulent une vie séparée et les autres, qui veulent vivre ensemble. Les juifs israéliens doivent pouvoir trouver la sécurité et les Palestiniens la liberté ! » C’est ce problème du vivre ensemble en Israël, Juifs et travailleurs étrangers, une main d’œuvre dont Israël a fortement besoin qui était dénoncée par un jésuite en Terre saint depuis des années. Il dénonçait « la précarité des travailleurs étrangers, le mépris probable pour ces non-juifs venus d’Inde, de Thaïlande, de Philippines, ou encore du Kenya. Ce jésuite cité par Golias analysait ainsi leur situation au regard de « la nature ethnocentrique de l’État d’Israël ». Une autre manière de dire que les juifs jugent les non-juifs en fonction de leurs propres valeurs sociales et religieuses, ce qui peut mener au racisme et à l’exclusion des non juifs. Et il conseille aux juifs de relire l’Ancien Testament, ils y trouveront l’insistance du thème : Lévitique 19.33-34. « Quand un étranger viendra s’installer dans votre pays, traitez-le comme s’il était l’un de vos compatriotes. Vous devez l’aimer comme vous-mêmes. Rappelez-vous que vous avez été des étrangers en Égypte. »