décembre, 2022

03déc12h5513h00La mémoire de la trivialité12h55 - 13h00 Animateur: Gueno Jean-Pierre Émission:Le souffle du Diable et le soupir de Dieu

Résumé de l'émission

La mémoire de la trivialité.

Dans le cadre des “Uber Files”, une enquête reposant sur des milliers de documents internes dévoilés par un lanceur d’alertes Mark MacGann qui était le lobbyiste en chef d’Uber , le journal Le Monde s’est intéressé aux liens entretenus par la firme américaine avec Emmanuel Macron quand il était à Bercy entre 2014-2016 et a conclu à l’existence d’un “deal” secret entre les deux parties. « L’approche de l’entreprise consistait à enfreindre la loi, à montrer à quel point le service d’Uber était incroyable, puis à changer la loi », a révélé Mark MacGann. « Mon travail consistait à passer au-dessus de la tête des fonctionnaires municipaux, à établir des relations avec le plus haut niveau du gouvernement et à négocier. ».

Le 12 juillet 2022, notre Président de la République est intervenu devant les caméras pour revendiquer son action de soutien à Uber en 2015, alors que la firme était pourtant condamnée par le gouvernement auquel il appartenait.  Le mobile invoqué par l’ancien ministre de l’économie est « qu’il fallait se battre pour que les jeunes qui venaient des milieux difficiles aient des emplois ». Tétanisé, surexcité et donc visiblement déstabilisé par un sujet très embarrassant, notre Président a eu cette formule malheureuse et quelque peu triviale : « Je conçois qu’ils veuillent s’en prendre à ma pomme. Très sincèrement, comme le dirait un de mes prédécesseurs, ça m’en touche une sans bouger l’autre ! ». La différence entre le propos de l’ancien et de l’actuel Président de la République, c’est que l’expression a été attribuée à Jacques Chirac pour avoir été prononcée en privé, alors qu’Emmanuel Macron l’a prononcée devant les caméras. « ça m’en touche une sans bouger l’autre » n’est rien d’autre que l’équivalent de l’expression moins policée et non moins sordide « je m’en bats les couilles ». Ce genre de formulation qui situe le débat dans le fond de son caleçon est indigne d’un Président de la République qui s’apprêtait à célébrer avec beaucoup plus de maintien la grandeur de la République, le jour de la fête Nationale. La création d’emplois revendiquée par l’ancien ministre de l’économie n’était rien d’autre que la dérive vers une précarisation de l’emploi. L’ubérisation du marché du travail n’a fait que s’accentuer depuis la naissance d’Uber. Elle a fait des livreurs d’un autre Gafa, Amazon, les esclaves de la société de consommation de la vente à distance. Il est sûr que ces derniers, sur la selle de leurs vélos de location, obligés de rouler sur les trottoirs et de griller les feux rouges pour maintenir leurs cadences infernales, doivent avoir bien du mal à ce que « ça leur en touche une sans faire bouger l’autre ». A l’aube de son deuxième quinquennat, notre président a toujours du mal à grandir.

Jean-Pierre Guéno

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