novembre, 2022

19nov12h5513h00La mémoire du délire12h55 - 13h00 Animateur: Gueno Jean-Pierre Émission:Le souffle du Diable et le soupir de Dieu

Résumé de l'émission

La mémoire du délire.

Une récente fiche de pôle emploi recrute en CDD de 10 mois un professeur de lettres pour le second degré, en indiquant une rémunération nette mensuelle de 936 euros et un temps de travail hebdomadaire de 18 heures. La fiche s’ouvre sur une description du « job » : Le rôle principal de l’enseignant : « Rompre avec la posture magistrale et déconstruire la figure du professeur pour ne plus être au centre des activités de la classe. Il faut apprendre à créer des situations pédagogiques qui mettent les élèves en activité. Le cours idéal n’est pas celui où les élèves écoutent religieusement leur professeur mais celui où ils acquièrent le savoir ensemble et en quasi-autonomie ».

Expérience requise : 2 ans. Rien sur la formation, sur les diplômes ou concours qualifiants. « L’exigence » précise la matière enseignée « Français », demande de « préparer les cours et d’établir la progression pédagogique » et « d’enseigner une discipline à un groupe de personnes ».

A une époque où le SMIC net mensuel est à 1 302,64 €, la rémunération de cet emploi est obscène, tout comme le volume horaire qui totalise les heures de cours sans évoquer le temps de leur préparation ou de la correction des devoirs. Nous sommes pour le recruté sous le seuil de pauvreté, et la fiche semble avoir quant à elle été rédigée par quelqu’un qui se situe sous le seuil de pauvreté intellectuelle.

En bon français le mot job a deux sens : le terme appartient au langage familier et désigne un travail rémunéré, un emploi. Par ailleurs en argot vieilli, « Monter le job à quelqu’un » signifie dans les années 1880 « monter la tête à quelqu’un, le tromper ».

Nous y sommes ! Pôle emploi nous « monte le job » tout comme l’administration qui recrute au rabais et dans le privé, tout comme des chapelets de ministres de l’Education dite Nationale qui se succèdent et ne font rien.

La fiche de poste de pôle emploi n’est déjà qu’un détritus, la preuve manifeste d’un monstrueux dysfonctionnement, et d’un mépris total pour l’enseignant comme pour l’élève. Elle « déconstruit » l’un et l’autre et n’exige plus rien sinon une mise en présence qui prétend faire du Capitaine Nemo un vecteur d’autonomie. L’enseignant devient un ectoplasme qui n’est plus au centre de rien. Les élève un ensemble aussi vide qu’indéterminé.

Dans les écritures, Job vit une expérience de déconstruction qui l’amène à réaliser que tout ce qui lui arrive dans la vie n’est pas planifié au millimètre par Dieu lui-même, et que la souffrance fait partie de la condition humaine. L’expression « pauvre comme Job » fait référence au personnage de Job dans la Bible, et sert à qualifier quelqu’un de très appauvri, une personne fauchée et misérable manquant cruellement d’argent. Victor Hugo pourrait réécrire « Les Misérables ». Le livre se situerait dans le milieu de l’Education Nationale et les Thénardier y seraient légion. L’être humain y dépérirait par manque de considération.

Jean-Pierre Guéno