Le lien du mauvais esprit

24juin12h5513h00Le lien du mauvais esprit12h55 - 13h00 AnimateurGueno Jean-PierreÉmissionLe souffle du Diable et le soupir de Dieu

Résumé de l'émission

Le lien du mauvais esprit.

Le sociologue Jean-Claude Kaufmann vient de publier un livre intitulé « Petites vengeances ou les trahisons positives dans le couple » dans lequel il prétend identifier des mesquineries révélatrices des petites trahisons qui seraient positives dans notre couple dans la mesure où elles nous permettraient « de nous venger secrètement de notre partenaire pour pouvoir l’aimer davantage ». Parmi les petits coups bas, les légères mesquineries de tous les jours qui nous soulageraient sans faire de mal à l’autre, le fait de ne laisser qu’une feuille de papier toilette sur le rouleau pour que celle ou celui qui partage notre vie se trouve « à court » et dans un processus inachevé obligé d’implorer l’autre de façon humiliante pour être réapprovisionné ou de faire couler l’eau chaude à fond pendant que l’autre se douche pour qu’il ou elle ne puisse faire autrement que de recevoir un jet d’eau glacé.

Jean-Claude Kaufmann est ici très proche de l’esprit d’Etienne Chatiliez dans son film Tanguy, lorsque ce dernier met en scène un grand garçon qui s’incruste chez ses parents et que ces derniers sont prêts à le laisser s’estropier sur leurs pièges pour qu’il soit contraint de vider les lieux en étant hospitalisé. Le réalisateur comme le sociologue projettent sur l’humanité des fantasmes personnels qui ne reflètent que leur sadisme et leur mauvais esprit ; après les fake news, il y aurait donc les « fake analysis », les analyses fausses et abusives qui n’ont aucune valeur représentative mais que certains voudraient ériger en phénomènes de société voire en dogmes, histoire d’attirer le ricanement des cyniques et des aigris. La démarche de Jean-Claude Kaufmann est à des années lumières de la démarche scientifique qui devrait caractériser la sociologie telle que la conçoit le formidable Jean Viard et qui n’a rien à faire de ses fantasmes et de son amertume déguisées en sourires d’autosatisfaction. Censé être un pionnier de la microsociologie, Jean-Claude Kaufmann n’est en fait ici qu’un spécialiste de la nécro-sociologie, celle qui hypertrophie les phénomènes négatifs et en fin de compte mortifères, tels que les hommes ronfleurs et les femmes aux pieds froids. Le virus dont il est atteint risque ne nous faire mourir par étouffement. Ne devrait-il pas, tel Jean Viard, prêter ses capacités d’analyse à la sociologie de l’émerveillement, de la découverte, de la fraîcheur et du renouvellement plutôt qu’à celle du pourrissement ? Jean-Pierre Guéno