Scénario pour un monde perdu

01juin12h5513h00Scénario pour un monde perdu12h55 - 13h00 AnimateurGueno Jean-PierreÉmissionInstants d’Histoire

Résumé de l'émission

Scénario pour un monde perdu

L’école des sorciers avait été très active depuis le basculement du 20ème au 21ème siècle. Elle n’avait pas cessé de recruter et de former des apprentis qui, une fois classés, diplômés et nommés à la tête des grands corps, des services de l’Etat comme à la tête des autorités locales, avaient pris définitivement le « lead » sur les affaires dites publiques, dans un contexte où les urnes avaient définitivement disparu, et avec elles les bureaux de vote des mairies et des écoles. Ces nouveaux dignitaires étaient arrivés à figer une aristocratie de technocrates. Ils avaient tendance à se reproduire entre eux. Faute de recours aux votes, leurs décisions étaient orientées par des sondages. Les parlementaires comme les maires n’étaient plus jamais élus sur prise en compte d’un projet, mais sur le seul critère de leur rayonnement médiatique, au cours de trois émissions cousines fortement télévisées : « Top sénateur », « Top député », et « Top maire », qui les départageaient en ayant recours à des jurys de sorciers-stars et par le biais de votes téléphoniques. Les impôts avaient été définitivement supprimés pour être remplacés par des taxes à la consommation. Tout avait été privatisé. Les entreprises qui géraient les anciens services publics étaient cotées en bourse par le biais de points et de bons spécialisés : il y avait des points et des bons santé, des points et des bons éducation, des points et des bons formation, des points et des bons assurance chômage, des points et des bons retraite, des points et des bons assurance, des points et des bons sécurité, des points et des bons justice, des points et des bons logement social, des points et des bons énergie, des points et des bons de congés et de vacances, des points et des bons de palliation de la souffrance, des points et des bons IVG, des points et des bons adoption, des points et des bons migration, des points et des bons d’assistance au suicide, des points et des bons de raccordement aux réseaux d’approvisionnement en eau potable, d’assainissement des eaux usées et de tout à l’égout, aux réseaux de transport, aux réseaux de gaz, d’électricité, de fibre optique, de messagerie, de chauffage et de climatisation, aux réseaux d’influence, des points et des bons « service à la personne ». Les églises avaient même conçu des points et des bons bénédiction, confession, absolution, baptême, communion, mariage, divorce, extrême onction. Ces points et ces bons étaient acquis par les plus privilégiés et gérés par des fonds de pension mondialisés. On avait titrisé la vie quotidienne. Ces points et ces bons avaient des cours qui fluctuaient en fonction des crises qu’elles soient démographiques, économiques, climatiques, sociales ou politiques. Ils donnaient lieu à une forte spéculation. Tout avait un prix. Les gouvernants-sorciers avaient mis en place des crèches, des écoles, des hôpitaux, des cliniques, des EHPAD, des prisons, des maisons mortuaires, des crématoriums, des cimetières et des colombariums industriels dont les pensionnaires ou les utilisateurs étaient gérés en batterie de façon très intensive. Ils avaient rentabilisé le marché de la vie comme celui de la mort. Des cryptomonnaies mondiales avaient définitivement remplacé les monnaies nationales ou communautaires. On avait virtualisé les relations amoureuses et les relations sexuelles ou conditionné leur incarnation par la possession de points et de bons d’amour.