En cette année 2026, le 46ᵉ Festival International de Piano de la Roque d’Anthéron se déroule du 16 juillet au 16 août. Conforme à une tradition désormais bien établie, il offre un panorama de ce qui se fait de mieux dans le domaine du piano, mêlant sous les platanes du Parc de Florans les gloires confirmées de l’instrument et les jeunes pousses, moins connues, qui rêvent de se faire une place.
Il est un « grand » musicien : c’est le pianiste russe Nicolaï Lugansky qui, ce mercredi 29 juillet, a ébloui de son talent et de sa sensibilité le Parc de Florans.
Construit autour de Frédéric Chopin (1810-1849), son programme comportait également une pièce de Robert Schumann (1810-1856), et non des moindres : l’Humoresque en si bémol majeur, Opus 20, datant de 1838.
Dans une lettre du 11 mars 1839, Clara Schumann écrivait que « son » Robert avait composé cette pièce « en riant et pleurant tout à la fois ». Tout est dit par Clara à propos de cette œuvre multiforme, dans laquelle l’auditeur passe d’émotion en émotion et vis, intensément, l’étrangeté, pour ne pas dire la bizarrerie, de la poésie schumanienne. Lugansky sait nous emporter, nous promener au fil des surprenants changements d’humeur du compositeur.
Trois Impromptus de Chopin (Opus 29, 36 et 51) avaient au préalable servi d’introduction à cette soirée, avec des accents « rêveurs » qui ont ravi les amateurs de poésie romantique.
Mais le morceau de choix de cette soirée reste, en seconde partie du récital, l’Opus 28 (une composition datant de 1835-1838), c’est-à-dire les 24 préludes.
En gardant en mémoire son illustre prédécesseur Jean-Sébastien Bach, Chopin a composé un océan de musique dans lequel se déploient les multiples tonalités, qui chacune renvoient à autant d’histoires intérieures, depuis les brèves fulgurances jusqu’à ce soliloque long et presque désespéré du prélude n° 15 en ré bémol majeur, indiqué « sostenuto », le plus long.
Nicolaï Lugansky restitue ce voyage personnel avec la simplicité naturelle qui est la sienne, dans une interprétation pleinement aboutie dont on ne ressort pas indemne.
Trois “bis” ont conclu ce concert mémorable, qui viennent témoigner de la générosité de ce pianiste exceptionnel : une « Romance sans paroles » de Félix Mendelssohn, un « Impromptu « de Frédéric Chopin, (Opus posthume 66) et enfin un « Prélude », Opus 12 n° 12 de Serge Rachmaninov.
Marc Portehaut




