Une histoire du vivre-ensemble

Date de publication : 03/06/2021

Six ou sept générations de Français ont vécu sous l’égide de la civilisation républicaine. De 1870 à nos jours, cet écosystème, régénéré à plusieurs reprises – après la Grande Guerre, à partir de la Libération et encore en 1958 –, a tissé un vivre-ensemble à nul autre pareil reposant sur la démocratie libérale, la laïcité, la langue, l’école et un sentiment prononcé d’appartenance à une large communauté.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, les Trente Glorieuses ont favorisé la mise en place de l’État providence et, après 1962, la fin des guerres coloniales a instauré une paix que les Français ne connaissaient plus depuis très longtemps. Prospérité, plein emploi, concorde civile… Comment résister à l’idée que ces temps-là sont comme un paradis perdu ?

De multiples forces historiques sont venues miner et altérer cet équilibre. Perte du sens de l’intérêt général, dégradation de l’école qui avait aussi pour mission de porter les valeurs de l’État-nation, émergence de diverses formes de violence sociale… Sur fond de mondialisation, de crise climatique et de guerre larvée contre le terrorisme, le vivre-ensemble a dégénéré en vivre côte à côte voire en vivre face-à-face. Le tragique de l’Histoire est revenu.

En dressant la fresque d’un siècle et demi d’une civilisation aujourd’hui presque disparue, Jean-François Sirinelli éclaire toutes les étapes d’un phénomène dont nous n’avons pas toujours eu pleine conscience. Ce faisant, il nous aide à distinguer le contingent de l’essentiel et, peut-être, à rebâtir un monde nouveau, plus propice à la vie collective.

Jean-François Sirinelli, professeur émérite d’histoire contemporaine à Sciences Po, présente une analyse large et originale de notre modèle républicain. Si le titre de son nouveau livre, Ce monde que nous avons perdu, une histoire du vivre ensemble (Tallandier) contient l’idée d’une rupture entre notre époque et les cent-cinquante dernières années, cet homme de science ne nous invite nullement à la nostalgie. Tout au contraire, il présente la République comme une matière vivante, en permanent renouveau.

Jean-François Sirinelli est l’invité de Frédérick Casadesus dans un Impromptu ce jeudi 3 juin à 13h15 sur notre antenne (100.7 FM / web / DAB+). Une émission à retrouver par la suite en podcast.