Dans Le Magazine, au sein de La Grâce Matinale, Richard Casazza François reçoit la peintre Juliette Kieu Mi Chau, exposée à la Galerie Loft à Paris. Diplômée des Beaux-Arts de Nice en 2021, elle peint des formes organiques et mouvantes, qui évoquent différents réseaux du vivant sans jamais se fixer dans une représentation précise.
Née en 1995 à Hô Chi Minh Ville, une enfance entre la France et le Vietnam, Juliette Kieu Mi Chau ne raconte pas cette double origine. Elle la laisse travailler, ailleurs, dans le geste. Ce qui l’occupe n’est pas de dire d’où viennent ses formes, mais comment une expérience vécue se transforme en perception, puis en geste, puis en toile.
Ses grands formats bleus et verts ressemblent à des paysages internes : ramifications, veines, structures qui pourraient être vues au microscope ou depuis l’espace. Elle parle de « peinture milieu », un mot qu’elle préfère à celui de forme, parce qu’il met en relation plutôt qu’il n’isole. Une même logique, dit-elle, traverse le corps humain, la plante et l’organisme le plus lointain. Peindre, pour elle, c’est faire tenir ces échelles ensemble.
Il y a aussi, dans son travail, une pratique du retrait : la marche, le silence, la contemplation, loin de Paris, qu’elle dit stimulant mais peu propice à une création inspirée. Une pratique spirituelle aussi, cultivée par la méditation et la poésie, qu’elle n’oppose jamais au réel ni au vivant. Le contrôle et l’abandon s’y côtoient sans se trancher : elle laisse le geste la surprendre, plutôt que de le diriger tout à fait.
Certaines de ses formes restent volontairement inachevées. Non par manque, mais par refus de figer un regard sur une explication unique. C’est peut-être la question que pose, sans la formuler, toute son œuvre : faut-il vraiment reconnaître ce qu’on regarde pour se laisser toucher par lui ?
Juliette Kieu Mi Chau expose prochainement à la Galerie Loft, à Saint-Germain-des-Prés, puis en solo ce printemps à Granville, en Normandie.
À écouter sur Fréquence Protestante, dans Le Magazine, au sein de La Grâce Matinale, 100.7 FM et DAB+ à Paris – minutage : 1:37:00




