novembre, 2022

This is a repeating event

07nov13h0013h15Fêter Halloween en Arabie saoudite13h00 - 13h15 Animateur: Castelnau Claudine Émission:Actualité religieuse dans les médias

Résumé de l'émission

Fêter Halloween en Arabie saoudite

Fêter Halloween en Arabie saoudite a été longtemps interdit au prétexte que ce n’était pas une fête musulmane dans ce pays à l’islam rigoriste. Et pourtant, cette année encore, pour la seconde fois, on a assisté à une véritable révolution : les autorités inquiètes de l’image de leur pays jugé rétrograde pour ne pas dire très peu soucieux de la liberté de parole de ses sujets « ont encouragé la jeunesse saoudienne à se divertir afin de renvoyer l’image d’un pays qui se modernise », rapporte le quotidien américain The New York Times et d’autres organes de presse. Ainsi on a pu voir de jeunes Saoudiens déguisés lors du « week-end de l’horreur » qui précédait Halloween le 31 octobre. « Dans certains quartiers de Riyad, la capitale saoudienne, on avait l’impression que des créatures d’une maison hantée s’étaient échappées pour prendre possession de la ville », raconte The New York Times dont la correspondante en Arabie Saoudite décrit l’ambiance : « Partout, il y avait des monstres, des sorcières, des braqueurs de banque et même les coquines femmes de chambres françaises »… Et si vous allez sur Youtube, par exemple, vous constaterez que les vidéos relèvent plus du défoulement collectif, de la folie même, que d’une fête. D’ailleurs, au centre de Séoul, en Corée du Sud, 149 personnes sont mortes et autant ont été blessées dans des bousculade incontrôlées parmi les dizaines de milliers de gens déguisés lors de cette fête de Halloween.

Quant à la correspondante du New York Times elle note aussi que l’ouverture du pays ne fait pas que des heureux.  Certains Saoudiens ont du mal à accepter ces changements, alors qu’il n’y a pas si longtemps « célébrer des fêtes non islamiques telles que la Saint-Valentin, Noël ou Halloween était tabou.  Il n’y a pas si longtemps, en 2018, la police [avait] pris d’assaut une fête d’Halloween et procédé à des arrestations. » Et comme le concède un jeune Saoudien, « cela ne faisait pas partie de nos traditions. » A moins, remarquent certains, que rien ne change vraiment sur la question du chômage, des droits humains ou de la liberté d’expression…  Du pain et des jeux et le peuple devrait se tenir tranquille…

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Les femmes iraniennes

 

Farhad Khosrokhavar est sociologue, directeur émérite d’études à l’Ecole de Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris. Il est aussi iranien. Le 2 novembre il publiait dans Le Monde une Tribune sur « le mouvement des femmes iraniennes qui s’est désormais transformé, selon lui, en une insoumission politique généralisée contre le régime, visant directement le Guide suprême et les organismes de répression tels les “bassidji“, ces milices paramilitaires placées sous l’autorité des gardiens de la révolution. » Dans sa Tribune, Farhad Khosrokhavar, note une mutation importante dans les acteurs du mouvement : la révolte, lancée par des jeunes femmes après la mort de Mahsa Amini a été rejointe par des hommes, qui désormais sur le devant de la scène s’exposent aux sévices et même à la mort. « C’est là une radicalisation du mouvement des femmes qui s’est désormais transformé en une insoumission généralisée et des manifestations tournantes, nuit et jour contre le régime théocratique […]  La société n’est plus prête à abdiquer sous l’effet de la peur. » Le sociologue note « une nouvelle génération de jeunes et très jeunes qui participent au mouvement social d’usure du pouvoir », les hommes engagés dans la protestation, aujourd’hui un rituel, et le défi lancé contre ce pouvoir et son chef suprême, l’ayatollah Khamenei qui se développe.  Nous sommes face à une nouvelle révolution, qui doit mettre fin à la théocratie islamique au nom d’idéaux séculaires qui prônent l’avènement d’une société de dignité partagée entre hommes et femmes, Kurdes et Persans, croyants et non-croyants. Dans cette nouvelle société à venir, le rôle des femmes se définit à égalité avec celui des hommes. Le modèle de société proposé par ce mouvement de révolte mué en révolution exercera indéniablement une influence dans le reste du monde musulman et en particulier dans un Moyen-Orient encore très largement despotique.

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Le 11 novembre, Le Monde a encore publié une Tribune  d’un sociologue français, Smaïn Laacher, sur ces femmes iraniennes rejointes désormais par les hommes et les jeunes et qui manifestent depuis des semaines, après la mort de Mahsa Amini. « Il importe de ne pas commettre d’erreur de perception sur ce qu’il se passe dans le pays. Ce n’est pas tant le « voile » que les femmes veulent éradiquer et faire disparaître à jamais de la société iranienne, mais l’imposition de la norme cléricale dans l’espace privé et public. Au-delà du hijab et du degré de visibilité des cheveux féminins, ces manifestantes et manifestants ne supportent plus le désir pathologique du pouvoir clérical et de sa police des mœurs de contrôler la vie quotidienne des citoyens en s’ingérant constamment dans leur vie et en punissant les écarts aux conventions religieuses […] Comme en France, écrit encore Smaïn Laacher, les religions et la « laïcité » sont au cœur du débat iranien, dont les Iraniennes sont un acteur fondamental. La grande majorité de la société iranienne, en particulier sa composante civile, est prête aujourd’hui à une disjonction entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. Le découplement entre la loi de Dieu et celles des hommes sera une fabrication proprement iranienne. Personne ne doit en douter. En ce sens, il faut prendre garde à ne pas commettre une seconde erreur de perception : ce qui se passe aujourd’hui en Iran est bien éloigné de la question française du « voile » et des discriminations que subissent celles qui le portent. C’est bien en Iran que se déroule depuis quelques semaines, j’ose le dire, la plus importante et la plus impressionnante révolution féministe en cours sur la planète : plus de deux cents morts, parce que des femmes veulent être libres. »

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La reine

« Le monarque britannique qui a régné le plus longtemps sur ce pays ». Une qualité, comme le souligne la presse en général et le magazine Life and Work de l’Église réformée d’Écosse (la Kirk) de ce mois de novembre. Ou verra-t-on dans cette application à ne pas abdiquer un entêtement désolant qui voit arriver Charles III sur le trône, un homme de 72 ans, à un âge où l’on peut espérer cultiver son jardin et jouir du reste de la vie ? Elle prétextait, pour justifier ce refus, qu’elle avait fait le vœu le jour de son couronnement de servir son pays jusqu’à sa mort. Mais depuis quand, en ces temps de démocratie et de consultation du peuple, ce vœu peut-il engager la vie d’une nation et de millions de « sujets » sans les avoir consultés d’une manière ou d’une autre au long de sa vie et sans qu’elle ait écouté ce que certains de ses conseillers lui suggéraient probablement ? La rédactrice en chef du magazine Life and Work écrit dans son éditorial : « Son règne a apporté stabilité dans un monde changeant mais aussi respect ». Stabilité ou bien plutôt nécrose au fil des années de règne à maintenir par exemple un cérémonial désuet que le nouveau roi bouscule l’air de rien en n’hésitant pas à faire le vide de ces « courtiers » véritables sangsues de la Cour et exécrables diffuseurs de potins royaux minables, sources des tabloïds qui s’en repaissent. Une autre figure de roi émerge, plus souriant et plus proche de ce peuple britannique malmené par les politiques conservatrices, le Brexit et trop nombreux à souffrir de la faim et de la pauvreté. Il va falloir qu’il réfléchisse aussi à cette richesse dont la famille royale britannique est détentrice (on a dit de sa mère qu’elle était la plus riche du royaume) : les peuples aujourd’hui n’ont aucun respect pour  les princes gloutons, qu’ils les gouvernent ou non. Quant à la passion ancienne de Charles pour la nature, elle est dans l’air du temps ! Enfin, un roi qui se veut le Protecteur de toutes les religions et non plus le chef d’une seule Eglise anglicane, la sienne ? Les humains ont besoin plus que jamais d’une figure tutélaire et de paix.

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