septembre, 2022

17sep12h5513h00La mémoire contre l’oubli12h55 - 13h00 Animateur: Jean-Pierre Gueno Émission:Instants d’Histoire

Résumé de l'émission

La mémoire contre l’oubli

Le 14 juillet dernier, le Président de la République Emmanuel Macron a élevé à la dignité de grand officier et de grand-croix de la Légion d’honneur Beate et Serge Klarsfeld qui ont tant contribué à la transmission de la mémoire de la Shoah. Il inaugurait le lieu de mémoire de la Gare de Pithiviers qui a failli sombrer dans l’oubli à l’exemple des 200 camps d’internement français qui fourmillaient dans la France du régime de Vichy. De nombreux journalistes ont qualifié Beate et Serge Klarsfeld de « chasseurs de nazis » comme si le motif de leur combat avait relevé du registre du safari ou de la pêche au gros. S’il y a bien eu des « chasseurs de juifs » parmi les SS, il n’y a eu que des apôtres de la mémoire, des ennemis de l’oubli parmi ceux qui ont survécu à la Shoah et qui n’ont jamais accepté de se laisser inoculer le poison à diffusion lente que leurs bourreaux ont essayé de leur instiller dans les veines : celui de la haine ou celui de la vengeance.

Le 17 juillet, alors que j’étais venu commenter en tant qu’historien sur le plateau d’une chaîne d’information la présence d’Elisabeth Borne sur le site de l’ancien Veld’hiv puis celle d’Emmanuel Macron à Pithiviers, et que je répondais aux questions de journalistes de grande valeur, mon prénom a été orthographié toute la journée dans les sous titres défilant en bas d’écran « Jean Piere ». j’ai d’abord voulu penser que le stagiaire chargé des bancs-titres avait trop de culture et connaissait  ce qu’on appelle le « piere » lorsqu’il désigne le processus du séchage, de la déshydratation des bananes. Et puis j’ai dû me rendre à une triste évidence : Le quidam ne savait rien du portier du paradis au point de ne pas même maîtriser l’orthographe de son prénom.

Et puis j’ai réalisé que trop de chaînes d’information ne sont pas pilotées dans la mesure où personne ne s’y donne la peine de relire les bandeaux défilants et les sous-titres truffés de fautes énormes.

Le spectateur de ces chaînes d’info est trop souvent traité comme une poubelle, voir comme un pot de chambre ou comme un vase de nuit.

Dans cette histoire je n’étais pas le dindon mais la banane de la farce. Le stagiaire comme le réalisateur de l’émission dite de flux auraient bien mérité des Lazzis. Mais au fait existe-t-il des chasseurs de Lazzis ? Il faudra en tous les cas de plus en plus de chasseurs d’oubli, pour que l’on oublie pas de faire d’un lieu de mémoire le Gymnase Japy, complexe sportif jumeau du Vel d’hiv, toujours en activité. Tandis que le Veld’hiv « accueillait » 5000 femmes, dont beaucoup de juives lors de la première rafle qui visait les ressortissants d’origine allemande ou autrichienne sous le gouvernement Daladier entre le 15 mai et le 10 juin 1940, le gymnase Japy « accueillait » les hommes. Comme le Veld’hiv, le gymnase Japy sert à nouveau de lieu de rassemblement, d’internement et de « transit »  au cours des « convocations » de mai 1941, des grandes rafles de juifs du 20 août 1941 et du 16 juillet 1942. Et comme le Veld’hiv, le gymnase Japy sert à nouveau de lieu de détention le 28 août 1958 en pleine guerre d’Algérie, dans le cadre des rafles organisées par le préfet de police Maurice Papon à Paris et dans sa banlieue. Les 4 000 Algériens internés ne sont coupables que de ne pas être français. Le gymnase Japy mérite mieux qu’un panneau mémoriel planté sur le trottoir. Il pourrait héberger ce musée des rafles et des « convocations » parisiennes que n’hébergera jamais le Veld’hiv détruit en 1959.  On pourrait y trouver les cent photographies de Harry Croner, soldat de la propagande nazie.  Ces clichés récemment acquis par la Fondation pour la mémoire de la Shoah avaient été censurés par l’Allemagne nazie parce qu’elles avaient immortalisé la séparation des juifs étrangers venus en famille, lorsqu’ils avaient été convoqués le 14 Mai 1941 dans le cadres de la rafle du billet vert, avant d’être envoyés à Pithiviers et à Beaune la Rolande puis à Auschwitz.

Jean-Pierre Guéno

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